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C'est toujours la première fois

Publié le par Saintex

 

S’il est une question qui nous est régulièrement posée, à nous, les profs, c’est bien celle-ci : « mais vous ne vous lassez pas de faire toujours la même chose ? ». Ben non. Pas du tout.

Il suffit de revisiter cette première journée de notre séjour 2017 pour constater que rien n’est jamais identique d’une année à l’autre. Nous avons consommé de l’inédit du matin jusqu’au soir et nos néo-voyageurs ont été performants de leur côté, faisant preuve d’imagination pour nous proposer des moments originaux.

Prenons l’exemple de l’avion. Jamais jusqu’ici depuis 2010 nous n’avions partagé un vol avec une célébrité, un pipole comme on dit aujourd’hui, si l’on excepte Madame Antonini bien évidemment.

Il en va tout autrement en 2017. Nos collégiens, qui ont l’œil, ont vite repéré deux personnalités mondialement connues (sauf par les trois profs). Clément a ainsi signalé la présence à bord d’un fameux you tu beurres qui, parait-il, tartine internet avec des vidéos. Bob Lennon, tel est le patronyme ordinaire de ce virtuose du numérique qui propose des tutoriels relatifs aux jeux vidéo. (Oui, Lennon, comme John sauf que c’est Bob).  Pour ceux d’entre nous qui ignorent ce qu’est un you tuber, c’est un plus ou moins jeune créateur qui fait le buzz avec des millions de visites sur les productions qu’il met en ligne sur la Toile. Comme je vous devine tous vivement intéressés par le sujet, nous allons nous renseigner pour en savoir davantage sur notre compagnon de voyage et vous tiendrons informés de cette actualité brûlante.

Quant à Clément, il  a d’ores et déjà réussi son séjour : il a obtenu un autographe !

Alors ce n’est pas de l’inédit ça ?

Encore plus étonnant, la présence à bord de Zehera Darabid, dite Zaho ! Vous ne connaissez pas ? Nous non plus mais les jeunes si ! Et Leslie a vite fait de de prévenir les blousons rouges de la présence de cette auteur-compositrice-guitariste et interprète de RnB parmi nous. Assise derrière Eva et Amélie, cette artiste a aimablement engagé la conversation avec nos trois demoiselles et promis de faire une photo avec le groupe à l’arrivée. Du coup, nos élèves n’ont pas perdu des yeux la jeune femme durant les longues attentes devant les contrôles :

- Mais comment on va faire pour la photo ?

- Tu la vois ?

- Oui elle est là-bas dans l’autre file…

La promesse a été honorée à la grande joie des deux premiers groupes qui avaient pu s’extraire de la « ligne » des passagers bloqués en douane, la dernière escouade ayant été retardée par une escale technique «dans la toilette ».

Après une nuit de repos et de réflexion, monsieur Legay croit se souvenir –vaguement- que peut-être il aurait éventuellement entendu jadis une chanson de cette artiste fort sympathique. Il est cultivé monsieur Legay !

Zaho  a gentiment patienté pour figurer sur l’avalanche de photos prises à ce moment dont nous savons qu’il est déjà mémorable pour une poignée de collégiens français à peine débarqués sur le sol canadien.

Voilà pourquoi nous repartons chaque année ! C’est l’occasion pour nous, les profs, de bénéficier d’un recyclage culturel qui ne coûte tien à l’Education nationale.

De l’inédit ? En veux-tu, en voilà !

La 8e édition de notre échange franco-canadien s’inscrivait depuis l’origine dans la nouveauté. Pour la première fois nous avons eu recours à un prestataire de voyage, pour la première fois nous volions avec Air Canada, pour la première fois nous abandonnions le Terminal 3 familier et quasi provincial pour le Terminal 2, pour la première fois nous partions en début d’après-midi, pour la première fois un élève nous a prévenu après avoir vomi….

Samy est un garçon versatile. Alors que nous étions collectivement  interpellés par la problématique des migrations pendulaires dans une mégapole à l’heure de pointe, Samy nous a gentiment informés qu’il était malade en autocar. Puis il s’est ravisé et s’est endormi. Malheureusement pour lui (et pour nous) il s’est réveillé. Un peu trop tôt, à quelques encablures kilométriques de l’aéroport, et un peu trop tard…. Samy n’aime pas les migrations pendulaires.

Là où tout est devenu franchement amusant c’est quand le chauffeur de notre autocar nous a indiqué devoir stationner fort loin du Terminal 2A et qu’il nous faudrait marcher avec armes et bagages jusqu’à là….

 

Or, les valises sont lourdes, les sacs sont pesants et tous nos collégiens n’ont pas encore un gabarit de docker. Mais personne ne se plaint et tous s’engagent dans les couloirs du Terminal en direction des comptoirs d’enregistrement. A mi-chemin, nous décidons de faire une courte halte dans les toilettes publiques du sous-sol. En effet, voici une heure que Nathan déplore la désactivation du sanitaire de l’autocar. Il a certes été le seul à réclamer, mais nous nous doutons bien que d’autres partagent cette légitime préoccupation. Nous leur demandons de se presser, en oubliant que Samy est fâché avec ce verbe. Mais vraiment fâché.

Sans s’attarder sur les différentes étapes d’un processus complexe, retenez simplement qu’il lui a fallu se nettoyer précautionneusement mais sans passer par les robinets, retrouver les clés du cadenas de son bagage dont il ignorait tout et se changer dans les toilettes handicapées en compagnie de sa volumineuse valise qu’il n’a pas pensé laisser à l’extérieur…..soit 45 minutes au moins pendant lequel ses vingt-cinq camarades ont patiemment attendu dans le couloir. Mais après tout l’un des objectifs de ce projet n’est- il pas l’acquisition de l’autonomie ?

Quand enfin nous émergeons dans le hall du Terminal A, après avoir ainsi dilapidé une partie de notre capital horaire, notre cohorte de blousons rouges se présente à l’enregistrement le sourire aux lèvres. Las ! C’est oublier que 2017 est décidément bien l’année des nouveautés. Le visa exigé pour la première fois depuis mars 2016 par les autorités canadiennes n’est pas reconnu pour neuf de nos jeunes voyageurs. Là encore, les choses sont simples : le personnel d’Air Canada doit contacter l’Ambassade du Canada qui adresse un courriel à tous les parents concernés, lesquels doivent nous les transférer rapidement sur notre messagerie….

L’inquiétude se lit sur les visages de ceux des élèves qui ne connaissent pas les numéros de leurs parents. Elle s’accroit et confine à l’angoisse quand il s’avère que lesdits parents sont injoignables. Quel soulagement pour Roman quand la communication est établie ! Au bout d’une nouvelle heure d’attente, tout est rentré dans l’ordre et débarrassé de nos encombrants bagages nous nous présentons à la police des frontières.

Disons-le clairement, nos collégiens ont été éblouissants à cette occasion. Pas de faux-pas, pas d’alarmes intempestives en traversant le portique de sécurité, pas de bouteilles ou d’objets métalliques interdits, pas d’explosifs.…, les recommandations ont été suivies à la lettre.

Pendant que madame Antonini, dont les compétences pédagogiques sont bien connues, expliquait au policier de faction le rétablissement des autorisations de sortie du territoire pour les mineurs, Samantha dont les bottes d’hiver avaient suscité l’intérêt d’une jeune femme policière, entamait une carrière commerciale prometteuse à laquelle elle renonçait finalement 50 mètres plus loin. Nous étions passés.

Temps des bonbons, des photos des copines, des jeux sur le téléphone, il faut bien s’occuper en attendant l’embarquement. Nul stress à cet instant. Tout va bien.

Dans l’avion, nous sommes regroupés juste derrière les ailes. Tout le monde est rassuré, notre Boeing en possède bien deux.

Quelques privilégiés ont vus sur mer. Ainsi Naomi, Sarah, Célestine, Juliette et Nathan installés près des hublots qui verront défiler les nuages pendant 6h30 de vol. Le dos de chaque siège est équipé d’une tablette interactive qui propose des jeux, des films, une carte du trajet aérien… Le temps passe bien vite alors.

Aéroport de Montréal, 15h. Vingt-cinq élèves ont franchi sans encombre les contrôles de la police des frontières canadienne en prenant soin de ne rien déclarer de ce que leurs parents ont dissimulé dans leur valise ou leur sac.  Seule Héloïse, mue par un besoin soudain de soulager sa conscience, confesse la faute : « j’ai des bocaux dans ma valise » répond-elle benoîtement à la policière qui la questionne. Il n’en faut pas plus que sa déclaration d’entrée sur le territoire canadien soit barbouillée de rouge et que sa valise soit ouverte par la douane un peu plus tard.

Sous la pression, Héloïse dénonce à regret le paquet de gâteaux puis les fameux bocaux, convaincue de se les voir confisquer. Que nenni, contrairement à ce que lui avaient annoncé les méchantes langues de profs, l’agent des douanes renonce à son droit de préemption et laisse repartir la valise intacte avec sa jeune propriétaire réjouie.

 

Pour la première fois…..

 

Pour la première fois en huit années nous avons goûté les « congestions » de Montréal. Il nous a fallu plus de trois heures quinze pour rejoindre Ottawa quand un peu moins de deux heures suffisent ordinairement. C’est un autocar totalement silencieux qui se présente à Orléans, le quartier de l’école Gisèle Lalonde. L’animation au départ de Montréal est retombée et toute la gang des blousons rouges, profs y compris, a sombré dans la somnolence. Il est 19h40, heure locale, soit 25 h40 à l’heure française, quand l’autocar s’arrête devant l’entrée de l’école. Les correspondants sont là qui brandissent des panneaux porteurs des noms de nos élèves. Quelle contenance adopter ? Timidité ? Distance ? Attendre un peu ? Le débat a eu lieu entre plusieurs demoiselles pendant le voyage. « On y va direct » a tranché Leslie qui y est allée, comme tous les autres.

Nous sommes à pied d’œuvre. Plus de sept mois d’espérance et de préparations, d’efforts et d’engagement se concrétisent. Tous sont éreintés mais contents.

 

« Rester c’est exister : mais voyager c’est vivre. » a écrit Gustave Nadaud. Alors vivons !

 

Demain est un autre jour.

 

DR

Commenter cet article

Severine Malle 22/01/2017 16:07

Enorme cette aventure.
Un grand merci pour cet article détaillé.
Profitez bien de cette aventure.
Pour info zaho a fait la comedie musicale "le rou arthur", elle y tenait le rôle de la fée morgane.

Laëtitia 20/01/2017 20:59

Merci à tous d'avoir eu la patience d'attendre aussi longtemps que Samy se change !
Et merci à M. Renault pour ce superbe article ! Nous attendons avec impatience les suivants !
La famille de Samy

Isabelle K 19/01/2017 23:56

Quel bonheur de revivre cette aventure pour la 3ème fois en tant que parents : 2010, 2013 et 2017.
Ce sera pour nous la dernière !
Je confirme : chaque fois différent mais toujours la même bonne humeur (adaptabilité et patience !) chez les profs, la même spontanéité et avidité de découverte chez les élèves ... et le même plaisir pour les parents de regarder les photos, de lire les textes des élèves et surtout de dévorer la verve humoristique de M. Renault !
Continuez ... que du bonheur !
Famille Karpinski

Laëtitia 19/01/2017 23:22

Les chansons les plus connues de Zaho : La roue tourne, Tout est pareil, C'est chelou, Dima...
La maman de Samy

Laurent sandrine 19/01/2017 22:10

Merci pour ce recit et pour les photos
nous nous demandions justement qui etait cette jeune femme sur les photos avec les enfants...question de generation sans doute ☺
Famille Callier

Lætitia 19/01/2017 22:07

Quelle grande et belle aventure. Il est bon de lire tous ces détails. Un grand merci pour ces longues phrases. Et bien sûr, nous nous coucherons plus savants ce soir après avoir regardé, écouté Zaho et Bob Lennon :-)
La barre est haute pour les prochains jours :-)))
La famille de Lola

Laëtitia 19/01/2017 20:45

Merci pour cet article détaillé et toutes les photos ! Que d'aventures pour cette première journée ! Nous attendons la suite avec impatience !
La famille de Samy !